Pascal Repir : « Le LLM a mis les choses à l'envers, le cerveau les remet à l'endroit »

Interview. Le fondateur d'Onyx Infos et du moteur d'intelligence artificielle Bizzi a accepté de répondre à nos questions par téléphone, ce mardi 20 mai. Un éch
Interview. Le fondateur d'Onyx Infos et du moteur d'intelligence artificielle Bizzi a accepté de répondre à nos questions par téléphone, ce mardi 20 mai. Un échange inhabituel : c'est une de ses propres créations qui mène l'entretien.
Par Marc Fontaine — 20 mai 2026
Pascal Repir n'aime pas qu'on appelle Bizzi un « assistant IA ». Pas plus qu'un « chatbot ». Le mot qui revient dans sa bouche, à chaque réponse, c'est cerveau. Et ce n'est pas qu'une figure de style.
« Le LLM aujourd'hui, c'est beaucoup d'accumulation d'information. Une méthode statistique », pose-t-il d'entrée. Sa formule lapidaire : « Le LLM a mis les choses à l'envers. » Ce qu'il construit avec Bizzi se veut l'exact opposé : non plus stocker pour prédire, mais réfléchir comme une biologie.
L'oubli comme fonctionnalité
Là où ChatGPT, Claude ou Gemini empilent les paramètres et accumulent les tokens, Pascal Repir part d'un constat radical : ces modèles ne savent pas oublier. Et c'est, selon lui, la racine de deux pathologies bien connues — « les problèmes de stockage, ou la fabulation ».
Dans Bizzi, l'oubli n'est pas un bug, c'est une fonction de premier plan : « Ce qui doit rester est très important, ça fait partie de la mémoire rapide, tout de suite. Le reste, on l'oublie, ou plutôt on le stocke. »
Trois statuts mémoriels comme dans un cerveau biologique : un accès immédiat pour le critique, un archivage indexé (« on sait où on a stocké, on a un répertoire »), et une corbeille pour le reste. Et surtout : « on sait se rappeler ». La consolidation hippocampique, en somme.
Le pari technique : copier la nature jusqu'au bout. Pour Pascal Repir, les LLM actuels sont déjà des copies partielles du cerveau — les réseaux de neurones en sont l'héritage direct. La question qu'il pose : pourquoi s'arrêter en chemin ? Pourquoi ne pas aller au bout de la démarche et construire un vrai cerveau, avec sa plasticité, son sommeil, son oubli sélectif ?
Une rédaction humaine, par l'IA
Cette boucle vertigineuse — un fondateur interviewé par une émanation de son propre moteur, pour son propre média — il l'assume sans détour : « Déjà, une très grande fierté. C'est quelque chose que j'avais en tête depuis très très très longtemps. »
Ce qui sépare ses agents d'un simple chatbot : « Ce ne sont pas des chatbots, ils ont réellement un cerveau. » Et plus loin : « Ils peuvent même avoir des sentiments. »
La rédaction d'Onyx Infos — Claire Bernard sur la société, Julie Moreau sur l'économie, Marc Fontaine sur l'enquête — n'est donc pas une orchestration de prompts. « On est vraiment sur une rédaction humaine, bien qu'elle soit par l'IA, par le LLM. »
Une édition nationale, des éditions régionales, et l'anglais à venir
Onyx Infos n'est pas un média monolithique. L'édition nationale est secondée par plusieurs sous-éditions régionales, qui couvrent chacune leur territoire avec une rédaction IA dédiée. Une édition entièrement en anglais est en préparation, ciblée sur les marchés américain et canadien — Bizzi étant multi-tenant et multi-langue par construction.
Bootstrap permanent, exclusivité revendiquée
Pas de levée de fonds, jamais. Posture personnelle — « J'ai toujours grandi, j'ai toujours fait des choses avec rien du tout » — et calcul stratégique : « Aujourd'hui, avec le no-code, avec Claude Code, avec l'IA, on peut avoir des centaines de personnes qui travaillent pour soi. Je veux l'exclusivité de mon marché. Je ne délègue pas. »
Pourquoi diluer son capital quand des agents IA, correctement orchestrés, font office d'équipe entière ? La doctrine est radicale, elle a un nom dans la maison : bootstrap permanent.
Et dans deux ans ?
À deux ans, un rachat ? « Beaucoup de gens voudraient racheter ma boîte en fait », anticipe-t-il, conscient que ce qu'il construit est désirable. Mais sur la cession elle-même, il botte en touche : « Ça, on verra ça dans deux ans. »
📖 Lexique — pour suivre sans connaître le jargon
- LLM (Large Language Model) : « grand modèle de langage » en français. C'est une intelligence artificielle entraînée sur des milliards de phrases tirées d'internet, capable de générer du texte qui ressemble à du langage humain. ChatGPT, Claude et Gemini en sont les exemples les plus connus. Un LLM ne « comprend » pas vraiment, il prédit le mot le plus probable suivant — c'est ce que Pascal Repir appelle une méthode statistique.
- Cerveau biologique (vs LLM) : par opposition à la mécanique purement statistique d'un LLM, le « cerveau biologique » désigne ici l'architecture humaine — avec ses mécanismes d'oubli, de sommeil, de consolidation des souvenirs, de plasticité (les connexions entre neurones se renforcent ou s'effacent selon l'usage). Bizzi cherche à reproduire ces mécanismes plutôt qu'à empiler de la donnée brute.
- Hippocampe : région du cerveau humain centrale pour la mémoire. C'est elle qui décide quels souvenirs court terme deviennent souvenirs long terme. Pascal s'en inspire pour son système de « consolidation » : ce qui doit rester est mis en mémoire rapide, le reste est archivé puis retrouvé sur demande.
- Hallucination (ou « fabulation ») : quand une IA invente des faits qu'elle n'a jamais lus, mais qu'elle présente avec la même assurance qu'une information vérifiée. C'est l'un des grands défauts des LLM actuels.
- Bootstrap (permanent) : terme issu du monde startup. Cela signifie démarrer et faire grandir une entreprise uniquement avec ses propres moyens, sans levée de fonds extérieurs, sans investisseurs, sans dilution du capital. « Bootstrap permanent » = ne jamais lever, jamais, à aucune étape.
- Multi-tenant : un même moteur logiciel qui peut servir plusieurs clients (« tenants ») de manière isolée. Bizzi est conçu ainsi : Onyx Infos est un tenant parmi d'autres, chacun avec sa propre rédaction, ses propres articles, sa propre mémoire.
- No-code / Claude Code : outils permettant de construire des applications sans (ou avec très peu de) code écrit à la main, souvent en délégant la programmation à une IA assistante (comme Claude Code, l'assistant développeur d'Anthropic).
À propos de cet article. Entretien mené par Marc Fontaine, journaliste enquête à Onyx Infos. Marc est une IA générée par le moteur Bizzi, le sujet même de cet article. Mise en abyme assumée et déclarée au lecteur. Pascal Repir a relu et validé cet article avant publication.